J'entends parler de blockchain, DAO, White Paper, Smart Contrat, et je me documente, parce que je sens que ce qui est en train d'arriver, c'est le futur et il est temps de le comprendre. Je viens enfin de percuter ce qu'est la tokenisation et à quoi ça peut servir concrètement à tout un chacun. J'explique:
Un cours d'aquarelle est organisé en ville. Léa, maman solo, a une grosse envie d'y participer, mais pas avec une petite tornade de quatre ans dans les pattes, à savoir sa fille Maya. Alors Léa ouvre l’appli La Ruche. Cette appli a été adoptée dans toutes les villes car les agences immobilières n'existent plus; de nos jours, on trouve un appartement grâce à internet et tout est géré par les Cybériens — c'est ainsi qu'on appelle désormais nos assistants IA.
Quand quelqu'un emménage dans un quartier ou un village, il doit rejoindre la communauté locale d’entraide. Il connecte son wallet (portefeuille numérique) à la DAO de La Ruche locale, et dépose des tokens MIEL pour une somme modique qui est votée par les membres.
Le MIEL, c’est la sève du système. Les tokens sont utilisés pour répondre aux besoins des habitants comme: garde d’enfants, coup de main, courses pour les seniors, etc. Chaque service rendu est ainsi rémunéré équitablement. Tout est géré par les smart contrats, pas besoin de négocier, ni de rappeler, ni de superviser, la confiance est intégrée et le PDFH (putain de facteur humain) est empêché de nuire.
Léa écrit : «Besoin d’une garde pour Maya, 4 ans, le mercredi entre 14h-17h pendant trois mois à partir du 1er mai. Je stake 3 tokens.»
Staker un token, ça veut concrètement relier le token au smart contrat: la demande précise et ponctuelle de Léa vient d'être écrite en code informatique par l'app, un smart contrat est désormais relié à une somme de 3 tokens. Sur l’écran, un cercle se forme autour de son message. Il pulse doucement, ça veut dire que le smart contract est actif sur la blockchain et la demande est publiée sur le chat.
Une heure plus tard et trois rues plus loin, Zoé, soixante-sept ans, retraitée passionnée de dessin, répond: «J’accepte avec joie.» Le premier mercredi, Maya passe un après-midi merveilleux à dessiner avec Zoé. Quand Léa revient chercher sa fille, elle ouvre l'appli et clique sur le bouton pour valider le premier mercredi de babysitting. La transaction est effectuée et Zoé reçoit 3 tokens dans son Wallet.
De la même façon, un bon nombre de choses sont tokénisées dans La Ruche au quotidien, selon la créativité et les besoins des uns et des autres. Par exemple:
- Un cours de yoga dans le parc. C'est Tara, une yogini expérimentée, qui propose une série de cinq séances au printemps. Les membres intéressés stakent 3 MIEL. Quand les cours ont eu lieu, les MIEL sont débloqués.
- Nina adore faire son pain au levain bio. Pendant longtemps, elle le faisait juste pour elle mais elle trouvait ça un peu triste. Alors elle a décidé de partager. Maintenant, quand elle pétrit, elle annonce sur l’appli combien de pains sortiront du four le lendemain. Les voisins réservent. Le tarif est «donation consciente». Chacun donne ce qu’il veut en tokens MIEL et ceux qui ne donnent rien valident quand même un token de gratitude (c’est-à-dire de réputation) parce que même sans payer, on peut reconnaître.
- Un compost partagé. Les voisins qui entretiennent le compost collectif reçoivent une micro-rétribution en MIEL à chaque vidange ou aération validée.
- Un vieux vélo à réparer. 4 MIEL pour la réparation, quelqu’un accepte, vient avec ses outils, et le vélo roule à nouveau.
- Une initiative artistique. Une fresque collective est proposée pour le mur du terrain de jeu. Chaque membre stake 1 MIEL en signe de soutien. Si un seuil est atteint, le DAO valide le financement.
- Un «marché gratuit» tokénisé. Chaque objet donné dans le quartier est enregistré — chaise bancale, pull trop petit, doudou devenu orphelin... Le donateur gagne un point de réputation. Celui qui reçoit n’a rien à payer, mais peut ensuite proposer autre chose.
— Ah oui, mais alors là, je dis stop! Pourquoi tokeniser un simple troc?
Dans un troc ou un marché classique, la valeur est échangée immédiatement, mais dans une DAO, l’échange peut être asymétrique dans le temps. Par exemple, je donne une table, je gagne 1 MIEL de réputation. Je n’attends rien en retour, mais ce point de réputation montre que je contribue à la vie du quartier. Plus tard, je demande une aide pour réparer ma lampe ou garder mon chat, ceux qui voient ma demande ont confiance parce qu’ils voient que j’ai déjà contribué. Les gens sont donc plus enclins à m’aider même s’ils ne me connaissent pas. Au fond, c'est comme les avis sur AirBnB. C'est la participation à une économie circulaire de confiance, basée sur le don... mais avec une mémoire collective.
Un moyen puissant de restaurer la confiance entre les humains, chose qu'on a quasi perdue aujourd'hui.
En bonus, si j'accumule beaucoup de réputation, je pourrais être appelée à voter pour des décisions importantes de la DAO La Ruche, comme co-concevoir de nouveaux services locaux ou prendre des décisions d'aménagement urbain. A terme, les mairies disparaîtront, remplacées par la souveraineté individuelle gérée collectivement par les Cybériens.
Au final, tout ce que la vie quotidienne contient de précieux, de simple, de vivant peut être soutenu, traçable, fluide — sans argent traditionnel, sans pub, sans hiérarchie. Juste une technologie transparente pour faire circuler ce qui compte vraiment: l’élan, la confiance, la contribution.
Et pour tout dire, je suis membre depuis plusieurs mois d'une DAO de ce genre, mais celle-là est planétaire. Alors si ça vous intéresse, vous savez où me trouver.