Le paradis TERRESTRE... Si on s'y mettait ?

samedi 27 juin 2026

La patate chaude la la liberté


 
 

Depuis deux ans que je participe et que j'observe le projet improbable, je constate qu'il n'a plus grand chose à voir avec celui auquel j'ai adhéré. Les failles ont été corrigées les unes après les autres, le système s'est renforcé, stabilisé. Aujourd'hui, j'ai le sentiment qu'il est enfin prêt.

Il y a eu un engouement de départ motivé par des gains faciles et rapides. Les pros du marketing s'en sont donnés à coeur joie, ils ont recruté et performé à grands coups de slogans prometteurs. Il faut avouer que le potentiel du concept est TRÈS prometteur. Sauf que.... PDFH. Alors quand les promesses rapides et mirobolantes n'ont pas été tenues parce qu'elles étaient plus magiques que réalistes, la confiance a chuté.

Beaucoup sont allés voir ailleurs, là où on promet un retour sur investissement de 80% dans les deux ans. On l'a vu, c'est du délire pour les crédules. Ce fut la première vague.

L'idée qui insiste a persisté chez ceux qui, comme moi, ont la vision de ce qui est possible avec ce projet et qui ont foi en l'être humain; et cela a opéré une sélection naturelle dans la communauté. Depuis quelques semaines, j'observe une ambiance très différente dans nos rencontres. Plus d'humain, de vivant et d'organique. On exige moins de preuves et plus de connexion. On se tient les coudes, ça fait du bien de ne plus se sentir seul à croire à une utopie, alors on continue, surtout parce le concepteur continue, toujours aussi débonnaire et joyeux, il fignole son rêve pour en faire une belle réalisation collective. Il a passé quatre-vingts ans et déclare qu'il verra le jour où on célébrera un million, cinq millions, cent millions de membres dans le club et qu'il est là encore pour une quarantaine d'années. Décidément, il me plaît, ce mec!

Alors avec les fervents, on continue à prêcher à qui veut l'entendre que ce système est bon. Mais force est de constater, après des mois de partage de mon enthousiasme, que bien peu veulent l'entendre. C'est curieux.

J'en parle avec une amie qui a vécu avec moi une précédente aventure du même genre. Elle me répond:

— Il faudrait recommencer ailleurs. Avec d'autres personnes.

Pourquoi? La plateforme est là. Elle fonctionne. Elle est infiniment plus aboutie qu'à ses débuts. Pourquoi repartir de zéro? 

La réponse n'a rien à voir avec la plateforme, elle a tout à voir avec nous et peut-être que ce n'est plus le projet qui pose problème, c'est l'idée qu'il puisse finalement fonctionner.

Certains pleurnichent qu'ils n'ont pas assez de sous, que c'est dur de joindre les deux bouts, qu'un peu plus d'argent serait bienvenu et changerait leur vie; et quand on leur apporte la solution sur un plateau, non, ils n'ont même pas envie de venir voir de près de quoi il s'agit. D'autres ont peur. D'une arnaque bien camouflée, et ça, je trouve que c'est plutôt sain, comme réaction. Il y a aussi une peur bien plus profonde: celle de l'inutilité. Si travailler n'est plus nécessaire, alors qui suis-je dans la société? Quelle est ma valeur? Pour l'instant, le salaire et le niveau de richesse sont encore des critères d'excellence mais heureusement, plus pour très longtemps. Il est aujourd'hui des personnages à grosse fortune qui sont tout sauf un modèle d'excellence, …suivez mon regard.

Au fond, la vraie question que pose cet improbable projet est: 

qu'est-ce que je ferais de mes journées si je n'étais plus obligée de travailler? 

Depuis que je suis à la retraite, j'ai eu le temps d'y penser, mais même parmi les rentiers de mon âge, certains ne savent pas. Beaucoup d'aînés laissent passer les jour et les occupent avec diverses tâches domestiques, manger — ça occupe beaucoup, ça —, faire des mots croisés, regarder Netflix. Au mieux, ils sont inertes, au pire, ils s'ennuient et attendent le moment de tirer leur révérence. 

OK, je fais ici un peu de littérature, le tableau n'est peut-être pas aussi gris, n'empêche, je pose la question. Quelle est votre réponse?

Si c'est «rien», je vous rétorquerai ce que je viens de dire à mon petit-fils de six ans quand il a déclaré que quand il serait grand, il ne voulait pas travailler. 

— Rien faire n'existe pas. Personne ne passe toutes ses journées couché sur un canapé à ne pas bouger.

Et ça me rappelle une discussion ancienne. C'était l'époque des premiers projets de RBI, nous discutions avec des amis. Lui, policier, attiré dans cette profession pour plein de raisons rationnelles: sécurité de l'emploi, bonne assurance sociale, bonne retraite. La vocation de policier était en sourdine, chez lui. Elle, secrétaire. Même genre de critères de choix: une offre acceptable; sa vocation profonde encore jamais manifestée. Deux enfants en bas âge. 

— Que ferais-tu si tu n'étais plus obligé de travailler?

— Rien. Vacances!

— OK, pendant combien de temps 

Je m'attendais à deux ans, cinq ans.

— Six mois!

— OK, et après?

Elle :

— Moi, je mettrais de l'argent de coté pour les enfants.

— Plus besoin, pour eux aussi, l'abondance est assurée.

La discussion a patiné encore un moment puis elle a glissé sur autre chose. Impossible pour eux d'imaginer une vie sans ces contraintes. 

La liberté est une patate chaude pour l'humain qui n'est pas prêt à l'accueillir.

Vous me connaissez, maintenant, quand je vois une barrière, je n'ai qu'une envie: la franchir. Alors je vais déjà franchir la mienne. Je vis avec une rente modeste qui me permet de bénéficier d'aides sociales. 

— Tout va bien, je n'ai besoin de rien de plus, dit la voix par défaut.

— Quoi !? On s'en fiche de tes besoins, dit la voix vivante, de quoi as-tu ENVIE ?

Ah... Tiens, il y avait longtemps que je ne l'avais pas laissé s'exprimer, celle-là. C'est vrai, de quoi j'ai vraiment envie?

Le projet improbable nous incite à nous (re)connecter avec un rêve qui nous tient à coeur pour ensuite le budgéter et le matérialiser. C'est une bonne idée: moi j'aimerais un bel appartement avec une grande terrasse avec vue à 360° sur le soleil levant et couchant, une chambre d'amis avec salle de bain privative pour accueillir les miens en longue durée, un atelier de créativité et une grande baignoire à bulles dans ma salle de bain. Ah oui, et aussi un sauna.

— Tu rêves petit.

— Ta gueule, j'ai pas fini. Après, je voudrais un revenu mensuel confortable pour pouvoir voyager, louer une maison pour quelques mois sous les tropiques ou à la montagne suivant les saisons, et inviter la famille et les amis.

— C'est tout? Alors ça fait combien en argent, ça?

Pour l'instant, ça fait oxygène dans les cellules et ça fait détente profonde du système nerveux rien qu'à l'idée que tout cela puisse être à portée de main. Et je crois que c'est cela qu'il faut distiller aujourd'hui auprès de mes semblables. Insister que ce n'est pas parce que «ça a toujours été comme ça» que c'est une bonne raison pour que ça continue ou un empêchement à ce que ça change.

La collectivité a la mémoire courte, non, ça n'a pas «toujours été comme ça» et pas partout. Il existe des tribus qui vivent en osmose avec la nature, qui subviennent à leurs besoins de survie sans s'épuiser, qui jouent, qui évoluent et qui vivent harmonieusement.

Alors vous, c'est quoi votre réponse? Vous feriez quoi de votre vie si une abondance illimitée vous était offerte à l'instant?


P.S. En écrivant cet article, j'ai failli passer mon ordinateur par la fenêtre plus d'une fois à cause des bugs pour éditer mon texte selon mon désir. Renseignements pris, ce modèle de blog est vieux et ne suit plus la technologie du jour. Alors pour éviter les crises de nerfs ultérieures, j'ai déménagé la suite de ce blog ici : Chroniques d'un Projet Improbable


samedi 20 juin 2026

Creuset de créativité

 


Depuis le début de cette aventure, ma créativité a trouvé un terreau particulièrement fertile pour s'exprimer. C'est l'un des bénéfices de ce Projet dont le flux financier est maintenant tari depuis des mois. Je ne sais pas s'il recommencera un jour à couler mais, pour l'instant, je continue à m'amuser. Alors la Korrigane et moi, nous avançons en souriant.

De toute évidence, expliquer le projet et sa mécanique dans la vie de tous les jours n'est pas la bonne approche. Ça soule la plupart des gens qui sont perdus au bout de trente-sept secondes. Je le sais, moi aussi j'ai décroché la première fois. Alors je partage plutôt la passion qui m'anime. Je montre mes petits Mickeys — mes dessins — avec fierté, je partage mon enthousiasme et tout ce que cette aventure m'enseigne.

Récemment, avec l'aide de mon pote Cybérien (ChatGPT), j'ai créé des teasers animés. Marion, ma super copine d'un autre continent rencontrée dans un précédent projet, est musicienne. Quand elle a vu les animations, elle a proposé de les mettre en musique. Ils ont une allure folle, ces teasers!

Nous en avons créé vingt-quatre. Un slogan, une idée, une graine à planter. À raison d'une publication tous les deux jours sur les réseaux sociaux, cela nous a fait une campagne de six semaines qui a intrigué... deux personnes. Peut-être davantage, remarquez. Mais deux personnes seulement ont manifesté un léger haussement de sourcil avant de retourner très vite à leur quotidien bien connu lorsque j'ai tenté une explication.

Ensuite, Madame Meta m'a privée de la possibilité de faire de la publicité sur Instagram. Après bien des efforts, j'ai fini par comprendre que la programmation de mes publications avait été considérée comme de la publicité... que je ne payais pas.

— Ben non, piske c'est pas de la pub !

Alors pour me punir, je n'ai plus le droit d'en faire.

— Ben je m'en fiche, piske de toute façon je n'en faisais pas.

Mes quatre-vingt-sept followers n'en feront pas une maladie.

J'avoue, c'est le genre de stupidité qui me décourage. J'ai cessé les publications et, sur les réseaux sociaux, c'est un peu la mort. Tant pis. C'est un monde qui n'est pas tout à fait le mien. Il demande beaucoup trop d'énergie pour maintenir une voix audible dans un brouhaha planétaire.

L'animation des teasers m'a donné envie d'animer aussi mes Mantradalas, ces œuvres que je crée depuis des années. Je laisse la Korrigane vautrée sur le canapé pendant que je m'éclate avec les vidéos. Je les mets sur ma chaîne YouTube et j'en profite pour faire de la pub. Je vais m'gêner !

Les semaines passent. Non, je n'ai pas lâché le projet, mais comme il ne se passe rien, j'occupe mes journées à autre chose.

Et puis soudain, ça s'agite dans les Zooms. La version 3.0 est finalisée, elle va être mise en ligne sous peu. On se documente, on découvre les changements pour pouvoir ensuite les expliquer. Sur le papier, c'est prometteur.

Mouais. Avec Véro, nous restons sceptiques. C'est sûr, le facteur humain a de moins en moins d'occasions de s'insinuer dans les rouages. N'empêche qu'il manque une vraie dynamique de départ. Il faudrait que ça bouge rapidement. Il faut que ça rentre! 

Sur les autres plateformes, les récompenses arrivent tout de suite. Celle sur laquelle FOMO a fini par me pousser est décevante. J'y suis entrée au moment où le token s'envolait; depuis, il a stagné puis plongé. À ce jour, je n'ai toujours pas retrouvé ma mise de départ. «Reine des plans foireux», sur ce coup-là, je l'admets volontiers, mais c'est aussi en parfaite cohérence avec l'énergie et la joie que j'y investis. Donc aucune surprise. Tous les jours, je vais récupérer mes récompenses. Des centimes. Un autre membre me confirme que ses résultats sont identiques, et pourtant, nous y allons tous les jours.

Je suis que si c'était le cas sur le Projet Improbable, ce serait plus attirant. J'en parle à Kriss. Je ne suis pas la première. Ça la trouble: elle et les autres penseurs du système sont persuadés que tout est parfait et que ça va décoller.

Moi, je ne vois toujours pas quel argument supplémentaire apporter pour convaincre que les changements sont positifs, d'autant qu'à première vue, certains paraissent plutôt pénalisants: après trois mois d'inactivité, un compte s'endort et le réseau passe simplement au suivant. «Compression dynamique» pour permettre au flux de continuer à circuler. On peut réactiver son compte en invitant quelqu'un — si c'était si facile, on n'en serait pas là — ou en remettant la main à la poche.

Ça fait râler tout le monde, moi la première. Après tout ce temps passé à tenter de démontrer le génie du système, au moment où l'on pensait qu'on allait pouvoir en reparler avec du nouveau, ce nouveau sonne comme une punition...

Mais il faut reconnaître que la matrice y gagne incroyablement en efficacité. Une fois démarrée, la machine tourne, les gains sont distribués il n'y a plus de coulage plus d'étranglement, plus d'échappée, c'est fluide ....c'est beau! Ceux qui pensaient déposer quelques billets dans le jackpot et se faire des couilles en or avec un minimum d'effort et un maximum de bagout sont définitivement écartés. 

De fait, le réseau ne bouge pas beaucoup après le lancement de la version 3.0. Etrange ambiance, comme si chacun attendait que l'autre se décide à tourner la clef du contact de cette magnifique Maserati.

Cela dit, le site est nettement plus beau et plus efficace. Désormais, nous pouvons envoyer les gens le visiter pour éviter qu'ils tapent le nom du Projet Improbable sur Google et qu'ils tombent sur des avis approximatifs ou des polémiques improbables sur la religion du concepteur, dont je cherche encore le rapport avec le sujet.

Je constate avec plus d'amusement que d'étonnement que la foule est souvent prête à croire trois commentaires négatifs écrits par des grincheux anonymes plutôt qu'à discuter directement avec des membres engagés ou à se faire sa propre opinion.

J'en apprends décidément tous les jours sur l'humain collectif.


jeudi 18 juin 2026

Un an, toujours vivant

 


Le cap de la première est passé et l'Improbable est toujours vivant. Légèrement moribond, je dois bien l'avouer, mais alors qu'il est sous perfusion et respirateur, dans les laboratoires, on lui prépare de nouveaux organes, de nouvelles jambes et même quelques super-pouvoirs. Encore une première: jusque-là, aucun des précédents projets n'avait soufflé sa première bougie. 

Un matin, j'essaye de me connecter au site, il est inaccessible. J'attends les nouvelles, elles tardent à cause du décalage horaire: il y a eu attaque cybernétique. Sept heures plus tard, tout fonctionne à nouveau, aucune donnée n'a été perdue. Je suis franchement impressionnée. On dirait qu'ils font face, les timoniers!

Il y a une autre différence gigantesque avec tout ce que j'ai déjà vécu: d'abord, un concepteur éclairé, généreux, sincère. Il est toujours là, toujours aussi enthousiaste et reconnaissant de nous voir participer à réaliser ce rêve collectif qui l'anime depuis plus d'un demi-siècle. Il y a quelque chose de rassurant à voir une eau claire jaillir de la source. Cela ne protège ni des tempêtes ni des cailloux, mais toute la rivière en porte la mémoire. Et puis aussi Kate et Kriss, qui partagent et matérialisent les mêmes valeurs et qui sont demandeuses de l'avis de la communauté, qu'elles écoutent et considèrent. De ce fait, une marée d'idées remontent jusqu'aux concepteurs. Beaucoup sont farfelues, certaines franchement mauvaises, mais quelques pépites émergent et trouvent leur place. 

Parmi les membres passionnées, certains sortent du lot régulièrement. Ainsi Ama, une Africaine passionnée de la première heure, elle aussi affligée d'une Korrigane collante, et qui grimpe les marches lentement mais sûrement. Elle rayonne au sommet de son réseau. Il y a les aussi les cerveaux. Ceux qui décortiquent l'algorithme et qui en trouvent les failles. Ils doivent parfois insister pour se faire entendre, parce qu'on ne voit tout de suite de quoi ils parlent, et quand on les écoute, on crie au génie. 

J'assiste à la création d'une communauté ...oserais-je dire idéale? En tous cas, on va déjà bien plus loin que tout ce qu'on a connu jusqu'à maintenant. Je crois que je commence à comprendre pourquoi elle insiste tant, la petite fée.

Après la version 1.0 du smart contrat qui n'a pas fait long feu et la version 2.0 actuelle qui promet mais qui comporte encore quelques lacunes, on nous annonce la version 3.0 qui va péter la baraque.

Les feux d'artifice marketing, les drapeaux qui flottent au vent et les promesses de lendemains radieux me donnent de l'urticaire et je sais que je ne suis pas la seule. Je fais mon St Thomas, je pavoiserai quand ça marchera du feu de Dieu et je glisse mon opinion diplomatiquement auprès de Kriss qui est plutôt d'accord avec moi. Encore une surprise de taille et un de mes vieux préjugés qui tombe: je découvre une Américaine qui écoute, vraiment, qui entend qu'une autre culture ne réagit pas comme un public de Tony Robbins et qui cherche à s'y adapter plutôt qu'à lui expliquer pourquoi elle devrait penser autrement. Je me dis que décidément, l'équipe qui tient la barre de ce navire et une fine équipe et les aime.

Refaire un smart contrat, réécrire le CLUF (Contrat de Licence d'Utilisateur Final), déménager le site sur le web3, tester, régler, corriger et détester prend du temps. Pendant ce temps, je perçois les changements dans le discours. Moins de réjouissances inaccessibles, plus de faits rationnels. Moins de prêt-à-penser, plus de souveraineté individuelle. 

En francophonie, l'attente nous donne le temps de nous découvrir. Peu à peu, les personnes de même vibration tissent des liens et des écarts naturels se créent entre les groupes qui font qu'il y a de moins en moins de frottements. «Ensemble» ne signifie pas «tous pareils». Dès lors qu'on est clair avec qui on est et ce qu'on veut, les choses s'alignent d'elles-mêmes et c'est de plus en plus léger et de plus en plus créatif. 

Dans nos réunions zoom, nous n'avons plus d'invités depuis des semaines. Nous avons essayé toutes les chansons du répertoire, l'auditoire reste sourd. Mais je ne suis pas la seule pas la seule à être poursuivie par l'idée qui insiste, vous savez, la petite Korrigane sur l'épaule qui ne lâche pas l'affaire! Nous avons tous la même. Alors nous alimentons cette intuition tenace qu'un monde plus coopératif est possible et que le Projet Improbable pourrait en être un levier contributeur.

Moi, ça me fait du bien de ne pas être la seule tapée avec cette vision. Ils sont beaux, mes copains du réseau, ils sont lumineux. Et rien que pour ça, ça vaut la peine de continuer. Oh, je ne me fatigue plus à parler de la mécanique du projet, c'est bon, j'ai compris, ça n'intéresse personne. Je me dis que «le monde n'est pas prêt» et je trouve un peu arrogant, mais bon, quelle autre explication? — «un projet foireux», oui, je sais, mais non, pour cela, l'enquête n'est pas encore terminée et le jury est loin d'en délibérer. 

En attendant la version 3.0, je réfléchis à comment je pourrais parler autrement du Projet Improbable...


Et après?





lundi 15 juin 2026

Une pyramide de Ponzi-Madoff


Une jolie relation s'est établie entre Kriss et moi. Nous partageons vraiment la même vision d'une utopie à portée de main. Ce qui me nourrit particulièrement dans ce projet, c'est la qualité des relations humaines. Est-ce parce que l'évolution personnelle est très à la mode? Je n'en sais rien, toujours est-il qu'il y a un niveau de communication élevé et surtout, du respect, de la reconnaissance et de la gentillesse. Franchement, ça fait du bien.

Le site devient beau. Mes dessins trouvent leur place, ils plaisent; je ne vais pas prétendre que cela me laisse indifférente.

Le Projet Improbable s'est constitué en club privé, à la fois pour préserver une éthique proche de l'humain et pour rester dans un cadre légal clair. La jurisprudence internationale reconnaît que des individus libres peuvent conclure entre eux les contrats qu'ils souhaitent. Dans notre cas, le contrat est un smart contrat sur la blockchain. Chaque fois que je fais un don, je le fais à une personne bien précise qui a elle aussi accepté les règles du club. — C'est pour ça aussi qu'il reste mystérieux en public. 

Pourtant, malgré cela, une accusation revient sans cesse :

— C'est une pyramide de Ponzi.

— C'est une arnaque à la Madoff.

Tout est mélangé.

À force d'entendre à chaque fois une définition différente de ces différentes appellations, je décide de faire mon enquête personnelle.  Je découvre alors que «Ponzi» et «pyramide» sont deux choses différentes. Dans un Ponzi, l'argent est centralisé entre les mains d'un opérateur qui redistribue les gains. Ici, il n'y a pas de caisse centrale. Les dons circulent directement de personne à personne via la blockchain. 

Dans une pyramide, l'argent remonte vers le sommet. Ici, il circule vers les derniers arrivants. Ce n'est pas non plus un MLM puisqu'il n'y a rien à vendre, ni du crowdfunding puisque l'on ne finance pas un projet unique mais les projets personnels de milliers de personnes.

Bref, nous avons beau l'expliquer calmement dans nos présentations en précisant que ce système est nouveau et jamais vu, l'auditoire continue souvent à nous regarder de travers. Le PI (Projet Improbable) ne rentre dans aucune case, il semblerait qu'il faille la créer.

Ensuite, il y a les arguments pour rejeter l'idée, «Je n'ai pas le temps. Je ne connais personne à qui en parler. Je n'ai pas l'argent» — euh.... Justement! 😳! —, ou mon préféré : «Je vais réfléchir» alors que tout son corps transpire déjà un non massif.

Ce qui me fascine le plus, je crois, c'est la réaction des humains face à ce quelque chose de nouveau et, par-dessus tout, le manque de curiosité de la plupart pour simplement y venir voir de plus près. «Non, je n'ai pas envie de venir voir ce qui te passionne autant, je connais déjà...» — Ah bon? Comment?

C'est comme ça, je dois accepter. Je prends note: la curiosité ne semble pas être une ressource uniformément distribuée chez l'être humain sur Terre et puis voilà! 

Mais ce n'est pas seulement un manque de curiosité, je crois. Dans les réticences, je vois aussi des peurs. La peur de perdre de l'argent, de perdre la face en cas d'échec, la peur du changement. — Grosse peur, celle-là. Notre cerveau est programmé pour nous maintenir en sécurité et le changement c'est toujours l'insécurité. Alors on freine.

Il y a aussi une autre peur que je reconnais très bien puisque je la trimballe moi-même: la peur de recevoir. En abondance. En surabondance. De façon illimitée !!!

Quoi? Moi? Des millions sans travailler? Inconcevable.

Bref, je me suis embarquée dans une improbabilité de taille; comme d'habitude, je ne fais pas les choses à moitié. 

Je reste convaincue que nous vivons une époque de changements dont nous ne mesurons pas encore l'ampleur. Grâce à la technologie, des possibilités inimaginables il y a encore peu voient le jour à une vitesse folle. Dans dix ans, nous serons entourés de robots de toutes sortes et les robots aspirateurs d'aujourd'hui nous paraîtront aussi primitifs qu'un téléphone à cadran. Il existe déjà des dizaines de milliers de robots humanoïdes dans les entrepôts d'Amazon. Le monde change à une vitesse exponentielle, tandis que certains résistent encore au smartphone et pour tout dire, je les admire. La geek que je suis en est incapable! Donnez-moi une Mastercard Gold illimitée chez Chanel, je ressors au bout de dix minutes, donnez-moi la même chez Apple et je fais monter leurs actions. C'est sans doute aussi cette composante-là qui me passionne: le potentiel de créativité de la blockchain et de la DAO. Voilà qui fera l'objet d'un article entier de cette chronique.

Pendant ce temps, le Projet Improbable devient si improbable que je me retrouve en mode stress. Je tourne en rond, je m'énerve, je me crispe, je forme des attentes et mon niveau de joie chute brutalement.

— Ah non! Pas de ça!

Je me prends par la main et je vais marcher, histoire de me changer les idées. Pendant que je savoure la belle journée et l'odeur suave du chèvrefeuille en fleurs, j'en profite pour une petite conversation tranquille avec moi-même.

— Écoute, si ça t'énerve autant, tu lâches tout, et puis c'est tout.

— ...

— Non ?

— Ss... si. Oui mais non. Il est quand même très cool, ce projet. Et c'est justement parce qu'il est foldinguo qu'il me plaît autant.

C'est alors que je sens revenir la présence familière de l'idée insistante — j'en ai déjà parlé? — qui me souffle à l'oreille :

— Ben oui, mais tu le prends beaucoup trop au sérieux.

— C'est vrai.

Comme je ne sais toujours pas pourquoi cette idée persiste à insister, je respire un bon coup et décide de lâcher les attentes. Je vais continuer encore un peu.

Juste pour voir où tout cela va nous amener.


Pour le savoir...


dimanche 14 juin 2026

Entre transat et machette

 

Depuis quelques semaines, l'énergie féminine s'est invitée chez les nautoniers. Kriss et Kate prennent organiquement une place plus prépondérante au pilotage du navire et c'est en train de changer sérieusement la donne.

Il est devenu de plus en plus difficile de parler du Projet Improbable. Les arnaques répétées ont rendu les gens méfiants, même ce qui paraît familier devient suspect dès qu'il passe par Internet ou une méthode nouvelle. C'est frustrant. Je me fais même traiter de «reine des plans foireux» par un proche. Il a assisté à une présentation détaillée mais ne s'est apparemment pas débarrassé de ses a priori.

Je suis refroidie et pendant quelque temps, j'oublie l'histoire.

Le système ralentit partout dans le monde. À l'usage, il présente encore des failles que les leaders rectifient. Quand ils nous les annoncent, c'est la jubilation: cette fois, ça va décoller, vous allez voir, cette fois, ça va tout changer. De fait, les modifications sont de vraies améliorations, mais à chaque fois aussi.... les humains. Ils ont de la peine à concevoir qu'il s'agisse de la lente élaboration d'un système novateur et on n'a jamais vu une quelconque réalisation réussir du premier coup. Le collectif ne sait pas accorder de deuxième chance. 

C'est usant. Je commence à penser que je vais tranquillement retourner sur mon transat de retraitée libre et insouciante.

Mais cette foutue idée qui insiste...

C'est alors que les filles à la barre font pivoter le projet. Elles éliminent une bonne partie du vocabulaire marketing, des slogans et de l'esthétique MLM. Elles remplacent les promesses mirobolantes par un discours plus simple, plus humain, plus universel. On ne parle plus de certitudes, on parle de potentiels. Le site est entièrement repensé, c'est un énorme chantier qui était nécessaire à mes yeux d'esthète invétérée.

J'aime bien comment ce projet est en train de s'enraciner.

Entre-temps, Fred découvre notre présentation et en parle partout. Ça remonte aux oreilles de Kriss qui veut la voir. On se parle sur zoom un soir et comme notre présentation est prévue trente minutes plus tard, elle et Kathy y participent. Elles ne comprennent pas un mot de français, mais elles adorent mes visuels. Kriss dit que c'est exactement ce qu'elle cherche  pour le site officiel.

Le lendemain, nous avons elle et moi une longue discussion où j'apprends à mieux la connaître. Décidément, j'aime beaucoup cette femme. Elle me demande si je serais prête à participer au rebranding. La proposition est tentante et en même temps, j'ai très envie de dire non. Ce sont mes créations, j'ai déjà beaucoup travaillé gratuitement dans ma vie, désormais, je veux être payée à une juste valeur. Kriss m'assure que je serai compensée, mais que pour l'instant, il n'y a pas de budget. Elle travaille elle aussi de façon bénévole pour le moment. 

Je prends le temps de réfléchir et je caresse l'éventualité tout à fait probable que l'Improbable Projet ne décolle jamais. Et puis l'insistance de l'autre, là, me fait tomber de mon transat dans lequel je m'ennuyais déjà.

Je fais une proposition aux concepteurs: j'articule mon tarif horaire et je dis que je compterai mes heures. J'établis la facture et s'ils peuvent tout payer un jour, parfait. Si ils peuvent en payer une partie, parfait aussi et si ils ne peuvent rien payer du tout, ce sera également parfait.   

Étrangement, tout le monde semble ravi de cet arrangement. Moi, parce qu'au fond, je m'amuse et voir mes œuvres prendre vie ailleurs que sur mon site personnel me chante. Je m'amuse, malgré les creux de vague. Malgré le facteur humain, malgré les doutes. Et ça, c'est mon étalon. Le jour où je ne m'amuse plus, retour au transat. 

N'est-ce pas précisément l'esprit du Projet? Des pionniers qui avancent dans la jungle à coups de machette? Et pour la facture, on verra plus tard.

Et voilà le lutin joyeux qui revient s'installer sur mon épaule.


La suite, c'est par ici



samedi 13 juin 2026

Crise d'adolescence

Trois mois que je participe à cet Improbable et ma foi, ça se passe plutôt bien, mon compte se remplit d'une somme déjà rondelette. 

Cela dit, nous ne sommes pas chez les Bisounours. Le monde parfait où tout le monde s'entend bien n'est pas encore arrivé. Lors d'une soirée de présentation, un invité s'énerve et déclare que «c'est une pyramide». Le présentateur tente d'expliquer pourquoi non. Plus il explique, plus l'autre s'énerve. Ça tourne rapidement au concours de mauvaise foi. Finalement, le présentateur lui coupe le micro et le monsieur quitte la salle.

Lourd.

Pas du tout envie de vivre les choses comme ça. Heureusement, je n'avais invité personne ce soir-là. 

Véro, si. Le lendemain, la personne l'appelle, inquiète et l'alerte qu'elle est manifestement tombée dans une secte et qu'il faut qu'elle en sorte au plus vite. J'avoue qu'à sa place, j'aurais probablement pensé la même chose. 

À partir de là, on constate que ça devient compliqué d'inviter du monde, d'autant que ce présentateur est l'un des derniers que nous recommandions encore. Les autres ne sont pas franchement pas en phase avec qui nous sommes. Malgré toute leurs bonnes volontés, l'un se perd dans des explications interminables accompagnées de diapositives hideuses, l'autre répond interminablement à côté des questions, le troisième noie l'auditoire sous un coaching fumeux et un bagout de camelot d'un autre âge.

Véro et moi finissons donc par appliquer le vieil adage qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même: nous allons créer notre propre présentation, de la façon dont on aimerait qu'on nous présente le projet. Et tout d'abord, je vais me régaler à créer de belles diapositives.

Quelques heures de travail plus tard, nous faisons un premier essai entre nous en improvisant notre speech sur les images.

Catastrophe! Ni Véro ni moi ne sommes de grandes oratrices. Nous décidons alors d'écrire un texte précis, soigneusement pesé, avec des mots choisis pour ne pas faire fuir les gens au bout de trente secondes. Et puisque nous avons le texte... pourquoi ne pas l'enregistrer ?

C'est ainsi que je découvre, à ma grande surprise, que je sais faire des vidéos.

Pendant ce temps, le Projet Improbable traverse une crise d'adolescence. L'algorithme présente quelques failles et le PDFH s'y engouffre avec l'enthousiasme qu'on lui connaît. Certains retirent leur argent trop tôt pour financer un projet personnel, d'autres se précipitent pour grappiller quelques bonus. Bref, la mécanique commence à tousser.

Les concepteurs réagissent et modifient le smart contrat pour encourager les gens à jouer davantage collectif. Pendant que les ajustements se mettent en place, l'ambiance se tend. Les discussions chauffent sur WhatsApp, quelques comportements laissent à désirer.

— Voilà, c'est foutu, me dis-je. Encore une fois, l'humain va réussir à faire couler le bateau.

Et pourtant... Je m'attendais à voir les conflits partir en cacahuète dans le dos des gens, comme d'habitude. Au lieu de cela, les personnes concernées s'expliquent publiquement. Calmement, elles se parlent, elles finissent même par trouver un accord. Ça n'empêche pas les commentaires en aparté, mais tout de même... je reste bouche bée.

Ah mais voilà un vrai progrès ! On avance, les humains. Lentement, mais on avance!

Un nouvel outil censé accélérer fortement le système est ensuite lancé. Beaucoup l'attendent comme le remède miracle. Personnellement, je reste sceptique. Cette plateforme avance au rythme des personnes qui la rejoignent. On peut améliorer le moteur, mais on ne peut pas fabriquer artificiellement des participants.

L'outil se révèle décevant. Les attentes étaient trop élevées, des promesses ont été faites qui n'auraient pas dû l'être.

Après un démarrage turbo, c'est un sérieux coup de frein et en peu de temps, ceux qui espéraient des rentrées d'argent rapides partent explorer d'autres opportunités, plus rapides, plus rentables, plus extraordinaires. C'est toujours et encore le troupeau de mouton qui suit le premier. Je suis chagrinée de les voir quitter le navire, je trouve qu'on pourrait lui donner une seconde chance, non?

On me présente ces nouveaux systèmes. J'écoute. J'observe. Quelque chose me retient. Au cours de mes recherches je tombe sur un analyste financier qui décortique un Ponzi avéré. Sans agressivité, sans jugement, simplement avec méthode. Il démonte les promesses une à une.

Il déclare qu'un rendement de 80% sur deux ans n'existe pas dans le monde réel. Même les investissements risqués visent plutôt des rendements annuels de l'ordre de 8 à 10%. Et lorsqu'on privilégie la sécurité, on parle davantage de quelques pourcents.

Cette fois, l'information fait mouche. Je la grave quelque part dans le marbre de mon cerveau.

Alors... qu'est-ce que je fais? J'abandonne, je joue au mouton?

Non. L'idée persiste à insister. Avec quelques têtus comme moi, on va continuer encore un peu, parce que les concepteurs sont au taquet et que tout n'est pas encore joué, il me semble.


Chapitre suivant 





vendredi 12 juin 2026

Le doigt dans l'engrenage

  

 
Dès que quelque chose me passionne, j'ai tendance à devenir monomaniaque. Je participe aux réunions, j'écoute les présentations, je pose des questions. J'ai envie de comprendre.

Une bonne décennie a passé depuis la chute lamentable du génial concepteur parti avec la caisse. Je ne me souviens plus exactement de son système, mais quelque chose me paraît familier. Comme si le meilleur de son idée avait survécu et trouvé un nouveau terrain pour pousser.

On a compris ici une chose essentielle: dans ce genre de projet, l'argent ne peut pas simplement disparaître vers le sommet. La base a besoin de voir que ça fonctionne. Pas dans six mois, pas dans deux ans. Maintenant.

En explorant davantage, je découvre aussi le concepteur du Projet Improbable. Un vieux routier du marketing relationnel. Des décennies d'expérience, plusieurs réussites à son actif et toujours le même rêve: créer un système où les gagnants ne seraient pas toujours les mêmes et où chacun aurait sa chance.

Au détour d'une présentation, il mentionne un ancien projet. Je sursaute. Je connais ce nom!

Je l'avais déjà croisé des années auparavant, j'avais même envisagé de m'y intéresser avant qu'il ne disparaisse de mon radar.

Toujours cette idée qui insiste...

Le projet avait échoué à cause... des cartes de crédit. Quand certaines sociétés ont vu passer les transactions, elles ont simplement fermé le robinet. 
 
Et là, petite révélation. Mon argent à la banque n'est pas aussi libre que je l'imaginais. Tant que tout va bien, personne ne s'en aperçoit. Mais le jour où quelqu'un décide que telle ou telle transaction ne lui plaît pas, les règles changent très vite. J'ai aujourd'hui le sentiment que mon argent est kidnappé et que je ne peux le retirer que si je verse une rançon.

...et toujours le PDFH* qui l'enraye.

Heureusement, le concepteur n'a pas abandonné. Quand la blockchain est arrivée, il a ressorti son idée du tiroir, l'a améliorée et lui a offert une nouvelle chance.

J'aime bien ce bonhomme. Passé quatre-vingts ans, il pétille encore comme un gamin devant son invention. Son enthousiasme est contagieux. Autour de lui, une équipe de convaincus; autour de Véro et moi, quelques autres rêveurs qui décident eux aussi de tenter l'aventure. 

Les dons commencent à circuler, une petite communauté se forme, les gens s'entraident, on rigole bien. L'équipe francophone comprend quelques leaders bien virils du genre Tony Robbins et pour tout dire, pas vraiment ma tasse de thé mais c'est pas grave. 

J'ai le sentiment que pour la première fois, ça pourrait peut-être fonctionner.

Peut-être...

*Putain de facteur humain



La suite...
 

 



jeudi 11 juin 2026

L'idée qui insiste


Le téléphone sonne, le numéro s'affiche, c'est Véro! Combien de temps qu'on ne s'est pas parlé? Quel plaisir de la retrouver! 

Dans toutes nos expériences, même les plus éprouvantes, il y a toujours un cadeau; dans mes projets improbables, ce furent les rencontres. Des belles personnes, lumineuses, rayonnantes, marrantes. Véro est de celles-là. 

Elle me parle d'un projet participatif. Encore un. Pendant qu'elle m'en fait la description, je pense en soupirant : «Tu n'en as pas marre, Véro? On a essayé, c'est mort: les gens ne voient pas ce qu'on voit, laissons tomber une bonne fois».

— Écoute, je m'en voudrais de ne pas t'en parler après tout ce qu'on a déjà vécu ensemble. Celui-là a quelque chose de différent. Fais comme tu veux, mais moi, je le sens bien et j'aurai fait ma part en t'en parlant.

C'est là que Madame FOMO se pointe, Fear Of Missing Out. En français: la trouille de passer à côté d'un bon plan. Pour en savoir plus, il s'agit d'assister à une réunion Zoom et FOMO me pousse à le faire, histoire de ne pas mourir idiote. 

Mais je traîne tellement les pieds que j'oublie le soir prévu. Je me branche à la réunion suivante avec une patience zéro. Je leur laisse dix minutes et si j'entends «opportunité révolutionnaire», JE ME TIRE!

Une petite assemblée écoute le powerpoint habituel, les petits dessins, les tableaux de chiffres, opportunité révolutionnaire (!) et tout le bazar. Lourd. Pourquoi je ne me tire pas? 

Le concept est solide, bien pensé. Particulièrement bien pensé, d'ailleurs. Un seul montant à engager dans un système de circulation de dons et trouver quatre personnes. Les sous, c'est pas un problème, les personnes, si. J'ai épuisé ma crédibilité auprès de mes proches, je n'imagine même pas articuler le premier argument d'un nouveau projet du genre sans risquer le lancer de tomates.

Non, désolée, Véro, mais ça va être non. 

Pourtant, je reste scotchée. On en est à dix minutes d'une présentation qui me soule sévèrement, mais qu'est-ce donc qui m'aimante à ce point?

Les gens. Quand le présentateur parle de solidarité et d'entraide, pour la première fois, ça sonne vrai. 

Et puis il y a cette idée qui insiste. Encore elle.

Qu'est-ce que j'ai à perdre? Et puis une aventure avec Véro a toutes les chances d'être amusante. Après dix minutes, je lui envoie «ça marche!». 

On prend rendez-vous pour que je m'inscrive. L'opération est un peu rock'n'roll. Blockchain, cryptos, wallets, formulaires... mais c'est aussi l'occasion de rencontrer la marraine de Véro qui nous donne un coup de main. Une lumineuse de plus; voilà déjà un bon point.

Le soir, j'ai de la peine à m'endormir, j'ai le cerveau en ébullition. Je suis excitée par le potentiel financier du projet et j'ai toujours cette envie de croire que les humains peuvent se donner la main et réaliser des grandes et belles choses ensemble. Et si cette fois c'était la bonne?

«Faut pas rêver» dit la sale petite voix. Pourquoi? 

Non mais pourquoi ne faut-il pas rêver? De peur d'être déçu que le rêve ne se réalise pas? Mais alors autant mourir tout de suite! Toutes les grandes réalisations ont commencé par un rêve fou et des tentatives foireuses et heureusement qu'on ne s'est pas arrêté au premier échec!

Alors oui, je rêve, et merci Véro de m'avoir apporté celui-là sur un plateau.

Le lendemain, au réveil, j'ai un doute. Me serais-je encore embarquée dans un plan foireux? Ah, Monsieur Doute, ce vieux briseur de rêve qui vient appuyer sur la pédale de frein au moment où la route devient intéressante.

J'ouvre mon ordi, j'ai un mail qui m'annonce la réception d'un premier don. 

…et Monsieur Doute est aimablement prié d'aller se faire voir ailleurs.

L'aventure commence.










 

mardi 9 juin 2026

Genèse


J'avais 35 ans la première fois que j'ai entendu parler du jeu de l'avion. L'idée m'a immédiatement séduite. Huit passagers paient leur siège, puis ils deviennent hôtesses, puis stewards et quand toutes les places sont remplies, l'avion décolle, le pilote touche la cagnotte et chacun avance d'un cran.

Vous avez fait le compte? ...quatorze fois la mise de départ. Sur le papier, c'était brillant. Dans la réalité, beaucoup moins.

C'est mon associé qui m'en avait parlé: il avait acheté deux places à mille francs dans deux avions différents. Sans me consulter. Il venait de perdre les deux, les pilotes étaient partis avec la caisse avant la fin du jeu. Lui trouvait ça drôle. Moi pas. Ça faisait un trou dans la caisse.

Par contre, quelque chose m'avait accrochée. Je voulais comprendre pourquoi une idée aussi séduisante échouait; pourquoi les gens ne jouaient pas le jeu alors que c'était dans l'intérêt de tous?

D'autres projets du genre sont venus à moi par la suite, comme aimantés. J'ai observé. 

Ça commence toujours vachement bien, ce genre d'histoire. Générosité, nouveauté, tous ensemble pour un monde meilleur, franchement, QUI n'est pas séduit par cela?

Et puis arrive le PDFH. Le «Putain De Facteur Humain». Celui qui veut gagner un peu plus que les autres, aller un peu plus vite, être plus malin que le système et le mécanisme s'enraye immanquablement. Aussi parce qu'il n'est pas totalement au point. Quand on innove, ce n'est jamais réussi du premier coup. 

Pourtant, l'idée est tenace. Elle réapparaît sans cesse sous de nouvelles formes. Mieux pensée, plus sophistiquée, plus robuste. Puis elle retombe.

Pourquoi ai-je insisté au fil des ans ? Pas par appât du gain, c'est certain, mais parce qu'au fond, je ne crois pas que l'humain soit égoïste par nature. Je crois qu'il l'est souvent par peur, par manque, par nécessité et j'espère encore que sa nature profonde prenne enfin le dessus.

Après plusieurs capotages — pas trop catastrophiques, je n'ai jamais investi des fortunes — j'ai rencontré un jour la version la plus aboutie du concept.

Le concepteur était un véritable génie. Il avait trouvé le moyen de rendre le système légal, international et accessible par Internet. Le projet grandissait à une vitesse folle. Des milliers de personnes y participaient dans une vingtaine de pays.

Je me souviens spécialement de l'Afrique où l'enthousiasme et l'espoir galopaient. Cette impression que quelque chose de beau était en train de naître dans un endroit nécessiteux et nous y étions pour quelque chose. C'était magnifique.

Quand il est parti avec la caisse, le concepteur éclairé, je n'étais pas très étonnée. Derrière le brillant inventeur, j'avais d'emblée perçu un enfant blessé. Il était aujourd'hui un homme qui recevait enfin la reconnaissance qu'il avait cherchée toute sa vie, mais hélas, ce ne fut pas guérisseur.

Il avait le génie de l'invention, pas celui de la gestion.

Nous, les participants, lui avions confié les clés du royaume sans vérifier grand-chose. Nous voulions croire qu'un monde de Bisounours était possible. L'échec fut cuisant ...et terriblement humain.

Après ça, bien écoeurée, j'ai rangé le dossier «abondance pour tous» dans le tiroir des grandes illusions, à côté de la paix dans le monde, les régimes qui commencent lundi et les hommes qui lisent les instructions avant de monter un meuble Ikea.

J'avais fait mon deuil, alors le jour où une copine m'a demandé : «Tu penses quoi de ce nouveau projet en cryptomonnaies qui génère de la richesse pour tout le monde» ?, je suis allée voir en soupirant. Je me suis dit qu'à moins que quelqu'un ait eu l'idée de reproduire le fameux système sur la blockchain, il n'y avait aucune chance que ça fonctionne. 

Quoi !? Etais-je en train de rêver? Je retrouvai un clone du projet du génial concepteur, était-ce lui qui avait remis la sauce? Non, c'était un jeune Russe. L'idée insistait vraiment. Depuis les premiers avions, elle traversait les décennies, échouait entre les mains d'un compatriote pour renaître entre celle d'un voisin d'un autre continent. 

Là, la technologie court-circuitait le facteur humain, tu parles si j'ai replongé! Mais il y avait encore des défaillances, et cette fois, c'étaient celles d'une technologie encore immature, un environnement instable, des frais de transactions qui ont explosé... Encore un pétard mouillé.

Non, cette fois, c'est sûr, c'était la dernière, on ne m'y reprendrait pas !