Le paradis TERRESTRE... Si on s'y mettait ?

jeudi 11 juin 2026

L'idée qui insiste


Le téléphone sonne, le numéro s'affiche, c'est Véro! Combien de temps qu'on ne s'est pas parlé? Quel plaisir de la retrouver! 

Dans toutes nos expériences, même les plus éprouvantes, il y a toujours un cadeau; dans mes projets improbables, ce furent les rencontres. Des belles personnes, lumineuses, rayonnantes, marrantes. Véro est de celles-là. 

Elle me parle d'un projet participatif. Encore un. Pendant qu'elle m'en fait la description, je pense en soupirant : «Tu n'en as pas marre, Véro? On a essayé, c'est mort: les gens ne voient pas ce qu'on voit, laissons tomber une bonne fois».

— Écoute, je m'en voudrais de ne pas t'en parler après tout ce qu'on a déjà vécu ensemble. Celui-là a quelque chose de différent. Fais comme tu veux, mais moi, je le sens bien et j'aurai fait ma part en t'en parlant.

C'est là que Madame FOMO se pointe, Fear Of Missing Out. En français: la trouille de passer à côté d'un bon plan. Pour en savoir plus, il s'agit d'assister à une réunion Zoom et FOMO me pousse à le faire, histoire de ne pas mourir idiote. 

Mais je traîne tellement les pieds que j'oublie le soir prévu. Je me branche à la réunion suivante avec une patience zéro. Je leur laisse dix minutes et si j'entends «opportunité révolutionnaire», JE ME TIRE!

Une petite assemblée écoute le powerpoint habituel, les petits dessins, les tableaux de chiffres, opportunité révolutionnaire (!) et tout le bazar. Lourd. Pourquoi je ne me tire pas? 

Le concept est solide, bien pensé. Particulièrement bien pensé, d'ailleurs. Un seul montant à engager dans un système de circulation de dons et trouver quatre personnes. Les sous, c'est pas un problème, les personnes, si. J'ai épuisé ma crédibilité auprès de mes proches, je n'imagine même pas articuler le premier argument d'un nouveau projet du genre sans risquer le lancer de tomates.

Non, désolée, Véro, mais ça va être non. 

Pourtant, je reste scotchée. On en est à dix minutes d'une présentation qui me soule sévèrement, mais qu'est-ce donc qui m'aimante à ce point?

Les gens. Quand le présentateur parle de solidarité et d'entraide, pour la première fois, ça sonne vrai. 

Et puis il y a cette idée qui insiste. Encore elle.

Qu'est-ce que j'ai à perdre? Et puis une aventure avec Véro a toutes les chances d'être amusante. Après dix minutes, je lui envoie «ça marche!». 

On prend rendez-vous pour que je m'inscrive. L'opération est un peu rock'n'roll. Blockchain, cryptos, wallets, formulaires... mais c'est aussi l'occasion de rencontrer la marraine de Véro qui nous donne un coup de main. Une lumineuse de plus; voilà déjà un bon point.

Le soir, j'ai de la peine à m'endormir, j'ai le cerveau en ébullition. Je suis excitée par le potentiel financier du projet et j'ai toujours cette envie de croire que les humains peuvent se donner la main et réaliser des grandes et belles choses ensemble. Et si cette fois c'était la bonne?

«Faut pas rêver» dit la sale petite voix. Pourquoi? 

Non mais pourquoi ne faut-il pas rêver? De peur d'être déçu que le rêve ne se réalise pas? Mais alors autant mourir tout de suite! Toutes les grandes réalisations ont commencé par un rêve fou et des tentatives foireuses et heureusement qu'on ne s'est pas arrêté au premier échec!

Alors oui, je rêve, et merci Véro de m'avoir apporté celui-là sur un plateau.

Le lendemain, au réveil, j'ai un doute. Me serais-je encore embarquée dans un plan foireux? Ah, Monsieur Doute, ce vieux briseur de rêve qui vient appuyer sur la pédale de frein au moment où la route devient intéressante.

J'ouvre mon ordi, j'ai un mail qui m'annonce la réception d'un premier don. 

…et Monsieur Doute est aimablement prié d'aller se faire voir ailleurs.

L'aventure commence.











 

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