Le paradis TERRESTRE... Si on s'y mettait ?

samedi 13 juin 2026

Crise d'adolescence

Trois mois que je participe à cet Improbable et ma foi, ça se passe plutôt bien, mon compte se remplit d'une somme déjà rondelette. 

Cela dit, nous ne sommes pas chez les Bisounours. Le monde parfait où tout le monde s'entend bien n'est pas encore arrivé. Lors d'une soirée de présentation, un invité s'énerve et déclare que «c'est une pyramide». Le présentateur tente d'expliquer pourquoi non. Plus il explique, plus l'autre s'énerve. Ça tourne rapidement au concours de mauvaise foi. Finalement, le présentateur lui coupe le micro et le monsieur quitte la salle.

Lourd.

Pas du tout envie de vivre les choses comme ça. Heureusement, je n'avais invité personne ce soir-là. 

Véro, si. Le lendemain, la personne l'appelle, inquiète et l'alerte qu'elle est manifestement tombée dans une secte et qu'il faut qu'elle en sorte au plus vite. J'avoue qu'à sa place, j'aurais probablement pensé la même chose. 

À partir de là, on constate que ça devient compliqué d'inviter du monde, d'autant que ce présentateur est l'un des derniers que nous recommandions encore. Les autres ne sont pas franchement pas en phase avec qui nous sommes. Malgré toute leurs bonnes volontés, l'un se perd dans des explications interminables accompagnées de diapositives hideuses, l'autre répond interminablement à côté des questions, le troisième noie l'auditoire sous un coaching fumeux et un bagout de camelot d'un autre âge.

Véro et moi finissons donc par appliquer le vieil adage qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même: nous allons créer notre propre présentation, de la façon dont on aimerait qu'on nous présente le projet. Et tout d'abord, je vais me régaler à créer de belles diapositives.

Quelques heures de travail plus tard, nous faisons un premier essai entre nous en improvisant notre speech sur les images.

Catastrophe! Ni Véro ni moi ne sommes de grandes oratrices. Nous décidons alors d'écrire un texte précis, soigneusement pesé, avec des mots choisis pour ne pas faire fuir les gens au bout de trente secondes. Et puisque nous avons le texte... pourquoi ne pas l'enregistrer ?

C'est ainsi que je découvre, à ma grande surprise, que je sais faire des vidéos.

Pendant ce temps, le Projet Improbable traverse une crise d'adolescence. L'algorithme présente quelques failles et le PDFH s'y engouffre avec l'enthousiasme qu'on lui connaît. Certains retirent leur argent trop tôt pour financer un projet personnel, d'autres se précipitent pour grappiller quelques bonus. Bref, la mécanique commence à tousser.

Les concepteurs réagissent et modifient le smart contrat pour encourager les gens à jouer davantage collectif. Pendant que les ajustements se mettent en place, l'ambiance se tend. Les discussions chauffent sur WhatsApp, quelques comportements laissent à désirer.

— Voilà, c'est foutu, me dis-je. Encore une fois, l'humain va réussir à faire couler le bateau.

Et pourtant... Je m'attendais à voir les conflits partir en cacahuète dans le dos des gens, comme d'habitude. Au lieu de cela, les personnes concernées s'expliquent publiquement. Calmement, elles se parlent, elles finissent même par trouver un accord. Ça n'empêche pas les commentaires en aparté, mais tout de même... je reste bouche bée.

Ah mais voilà un vrai progrès ! On avance, les humains. Lentement, mais on avance!

Un nouvel outil censé accélérer fortement le système est ensuite lancé. Beaucoup l'attendent comme le remède miracle. Personnellement, je reste sceptique. Cette plateforme avance au rythme des personnes qui la rejoignent. On peut améliorer le moteur, mais on ne peut pas fabriquer artificiellement des participants.

L'outil se révèle décevant. Les attentes étaient trop élevées, des promesses ont été faites qui n'auraient pas dû l'être.

Après un démarrage turbo, c'est un sérieux coup de frein et en peu de temps, ceux qui espéraient des rentrées d'argent rapides partent explorer d'autres opportunités, plus rapides, plus rentables, plus extraordinaires. C'est toujours et encore le troupeau de mouton qui suit le premier. Je suis chagrinée de les voir quitter le navire, je trouve qu'on pourrait lui donner une seconde chance, non?

On me présente ces nouveaux systèmes. J'écoute. J'observe. Quelque chose me retient. Au cours de mes recherches je tombe sur un analyste financier qui décortique un Ponzi avéré. Sans agressivité, sans jugement, simplement avec méthode. Il démonte les promesses une à une.

Il déclare qu'un rendement de 80% sur deux ans n'existe pas dans le monde réel. Même les investissements risqués visent plutôt des rendements annuels de l'ordre de 8 à 10%. Et lorsqu'on privilégie la sécurité, on parle davantage de quelques pourcents.

Cette fois, l'information fait mouche. Je la grave quelque part dans le marbre de mon cerveau.

Alors... qu'est-ce que je fais? J'abandonne, je joue au mouton?

Non. L'idée persiste à insister. Avec quelques têtus comme moi, on va continuer encore un peu, parce que les concepteurs sont au taquet et que tout n'est pas encore joué, il me semble.


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